Quand l’élève n’écoute pas le maitre

introducing-eric-emmanuel-schmitt-no-tampon-1024x693La conception de mon second roman rentre dans une étape transitoire cruciale : le passage du plan au synopsis. J’ai déjà bien avancé. Le synopsis de l’acte I est écrit. J’ai identifié un prologue suivi de 12 scènes, avec une exposition, un catalyseur et un passage à l’acte II.

Je suis assez satisfait de ce premier acte. Il me semble cohérent. Les scènes s’enchainent avec fluidité. Les sous-intrigues sont rapidement exposées. Bien qu’un peu évanescente, la caractérisation de mon protagoniste principal semble singulière et intéressante. Un véritable prototype de l’antihéros, selon mes critères. J’en suis ravi. Son arc évolutif n’en sera que plus édifiant. Ce gars-là va nous surprendre, j’en suis persuadé…

Je fais une pause.

Je consulte mes emails et parmi mes spams, un message particulier attire mon attention. C’est un lien qui m’invite à découvrir en avant-première « Les secrets d’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt ». J’avais complètement oublié cette masterclass en ligne… je m’étais inscrit en avril dernier, sans trop savoir pourquoi à l’époque. Une pub sur Facebook je crois…

J’aime bien ce type en fait. Je n’ai pas lu grand-chose de lui, quelques nouvelles vites oubliées, mais il en restait une trace élégante, l’agréable sensation d’avoir partagé un instant délicat avec une âme sincère et profonde. J’avais trouvé son écriture lumineuse, authentique et bienveillante. C’est sans doute la raison pour laquelle je m’étais inscrit à sa masterclass. J’avais l’intuition qu’elle pourrait enrichir mon univers d’auteur.

J’ouvre le lien et je parcours, dans l’ordre, les 21 vidéos. Je saute les exercices. Je ne les ferai sans doute pas. Le contenu en revanche est captivant. Je ne suis pas déçu par l’enseignement de ce sage. Je bois ses paroles. Je prends des notes. J’apprends.

Puis je m’arrête au milieu de la vidéo du chapitre 14, intitulé « LE PLAN ». Ce que je viens d’écouter m’interpelle :

« Le plan doit être le plus lapidaire possible, le plus schématique possible. N’écrivez pas un synopsis. J’ai vu ça dans plusieurs cours d’écriture. C’est terrible ! C’est terrible… c’est contre-productif. C’est dangereux, c’est faux !

Pourquoi ?

Parce que si vous écrivez votre histoire de manière réduite et bien… vous l’écrivez ! C’est-à-dire que vous avez déjà perdu une de vos chances de l’écrire. Parce qu’une œuvre ne s’écrit qu’une fois. Après elle se retravaille, mais elle ne s’écrit qu’une fois ! »

J’écoute ce passage en boucle. Je m’interroge. Eric-Emmanuel Schmitt, l’un des auteurs français les plus lu dans le monde, membre de l’académie Goncourt, conseille de ne pas écrire de synopsis avant le premier jet…

La plupart du temps, dans ses vidéos, il est rarement aussi vindicatif. Mais sur ce point-là, il apparait intransigeant : « c’est dangereux », répète-t-il plusieurs fois…

Et pourtant, à plusieurs occasions, j’ai lu le contraire. Je l’ai même appliqué lors de la conception de mon premier roman… alors qui dit vrai ? Je reprends mes vieux fichiers archivés deux ans en arrière (merci Scrivener) et je relis mon synopsis de l’époque. Je réalise que j’ai travaillé ce synopsis plusieurs fois. J’ai 15 versions différentes. Il a évolué, ou plutôt « muté », pendant les différentes phases d’écriture puis d’analyses et de corrections. Normal, c’est mon processus naturel : les étapes se nourrissent entres-elles. En bon « chef de projet », j’ai constamment réactualisé mon synopsis en fonction de l’évolution de l’intrigue et des personnages.

Mais ai-je commis une erreur à l’époque ? Apparemment, Eric-Emmanuel Schmitt pense que oui : « une œuvre ne s’écrit qu’une fois. Après, elle se retravaille. »

Et bien, je me range à cet avis, mais je pense aussi qu’il n’est pas en contradiction avec ma méthode personnelle de travail.

Je m’explique. Inconsciemment, mon premier synopsis de 82 scènes et de 15 pages détaillées était en réalité l’embryon de mon premier jet. La suite, les étapes suivantes, n’étaient que réécriture…

Et puis de toute façon, peu importe : c’est moi qui décide. Ne suis-je pas mon propre maitre d’écriture ?

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