Je suis nul sur Twitter

Mais genre très très nul. Je n’arrive même pas à troller correctement. Rien à faire. Mes tweets ne sont lus par personne.

Bon faut dire aussi qu’à la base, je n’existe pas sur Twitter. Mon compte d’auteur ouvert en avril 2018 n’affiche que 44 abonnés. Que dalle quoi. Bref, je suis un nobody.

Pourtant je suis plutôt un familier de ce réseau. Mon premier compte, je l’ai ouvert en 2009, je crois. À l’époque, je tweetais des trucs de développeur puceau sans intérêt. Je me suis fait hacker ce compte par des Russes en 2013 et je n’ai jamais réussi à le récupérer. Je l’ai laissé tomber et j’en ai ouvert un autre. Je ne cause jamais politique dessus, uniquement de mon équipe de foot favorite. Rien d’autre.

Quand j’ai commencé à lancer mon activité d’écrivain, on m’avait dit : il faut que tu développes ta plateforme d’auteur sur les RS, avant même de publier ton premier roman. Il faut « impérativement » que tu augmentes ton audience. Je me disais alors « mouais… je n’ai pas trop envie moi de faire le guignol sur les RS ». Ce n’est pas mon trip. Moi j’ai juste envie d’écrire des histoires sur des sujets qui me passionnent. Rien d’autre. Mais on m’a expliqué que je n’avais pas le choix, que c’était obligé ou alors que mes livres n’existeraient pas ou pire, qu’ils ne seraient lus par personne…

Alors j’ai fini par me lancer. En avril 2018, j’ai créé un blog d’auteur, un nouveau compte Twitter, et une page d’auteur Facebook. Sans grande conviction. Sans grande passion. Ça ne m’intéressait pas. J’étais d’ailleurs peu actif au début. Je pondais péniblement un article de blog par mois et deux tweets par semaine. Pour faire genre,  quoi…

Mais ce que j’avais un peu prévu, c’est le dépassement de fonction de mon blog d’auteur. Je me disais que ça serait sympa si je remplaçais mon carnet d’écriture moleskine par le blog. Ce carnet d’écriture, c’est un peu mon journal de bord privé. Je note mon avancement sur mes projets, mes doutes, mes espoirs, les différents petits événements qui surgissent pendant l’écriture d’un roman. L’idée était donc de convertir progressivement ce carnet en blog sur Internet. C’est pourquoi  je l’ai nommé « Carnet d’écriture ». Je ne savais alors pas que ce petit site prendrait avec le temps de plus en plus de place dans mon activité d’auteur. Je suis passé d’un ou deux articles par mois à trois ou quatre par semaine. Ces articles sont d’un intérêt très inégal, je le concède, mais mon intention première était de tenir une espèce de journal de bord numérique. Sans grande prétention.

Tout naturellement, j’ai ensuite connecté mon blog à mon compte Twitter et à ma page d’auteur Facebook. Sur cette dernière, ça a bien pris. Au fur et à mesure que j’alimentais en articles mon blog, ma page Facebook s’épanouissait en post. Mon nombre d’abonnés aussi : je viens de franchir la barre des 300 abonnés en quelques semaines d’existence, et tout ça sans avoir encore officiellement publié un seul roman ! Quelques dizaines d’articles auront suffi.

Sur mon blog WordPress, ça prend aussi un peu avec plus de 80 abonnés.

En revanche sur Twitter, ça ne décolle pas. Mais alors vraiment pas. Pourtant, je tweete le même contenu que sur Facebook, mais tout le monde s’en fout de mes tweets. À la base, moi aussi. Je suis juste un nobody sur ce RS, personne ne me lit, personne n’interagit avec mes tweets et je plafonne à 44 followers. Mais j’ai envie de comprendre pourquoi c’est dur sur Twitter. Ça me turlupine un peu quand même cette histoire…

Je ne suis pas un pro du marketing web, mais j’ai la chance d’être ami avec un Community manager dont c’est le « full time job ». Il m’a expliqué que Twitter c’est spécial. Merci, j’avais remarqué. Sur ce RS, à cause de la limitation des 280 caractères par tweet, les gens ne communiquent que par slogan. Il n’y a pas vraiment de débat de fond, pas de propos nuancé. C’est purement informatif ou bien impulsif. Les accros de Twitter passent leur temps à s’insulter. En résumé, selon mon ami, pour se faire un « nom » sur Twitter, il faut être plus agressif, se greffer à un sujet très clivant et balancer des trolls. C’est ça le secret.

– It’s not my cup of tea…, je me suis entendu répondre à mon pote.

– Et bien il va falloir si tu veux devenir visible sur ce RS. Il va falloir « fighter ». 

– Tu sais, sur ma TL, il n’y a que des littéraires. C’est plutôt ambiance branchouille feutrée que FC Castagne…

– T’es sûr ? Il n’y a pas de sujets clivants chez les écrivains ? Réfléchis bien…

– Heu… si les gens râlent un peu sur des trucs très important. Dernièrement le débat c’était : « faut-il dire auteur.e ou autrice » ? Ça s’écharpait pas mal là-dessus…

– Ah ouais… c’est très chaud… mais réfléchis encore. Il doit bien y avoir un truc très clivant quand même ?

– Bof… oui, ça bave un peu… genre tout le monde déteste Marc Levy ou Guillaume Musso.

– Connais pas. Mais c’est une piste… essaye de troller sur ces gonzes.

– Inutile, tout le monde le fait déjà.

J’ai fini par laisser tomber l’idée. Ça ne me plaisait pas trop de passer pour un sale con jaloux. J’avais juste envie d’écrire des histoires moi.

Puis la semaine dernière, il y a eu la polémique sur la prochaine sortie du dernier Houellebecq. Un truc sur le titre de son roman que tout le monde trouvait naze.  Et là je me suis dit « bingo, ça peut marcher ». Houellebecq est l’écrivain le plus clivant de la sphère littéraire française. Grosso modo, les littéraires, ils l’aiment moyen. Son « no style » est souvent remis en question. Ses sujets polémiques aussi. Et puis parait qu’il est trop extrême droite. Il fait même semblant d’aimer Trump et ça marche… c’est de la bombe atomique le Houellebecq. Le gars sort un roman tous les 4/5 ans et à chaque fois il se passe un truc grave dans le monde. On adore le détester et on veut le voir souffrir au moins autant que ses personnages de roman…

Sur ma TL, ça se confirme. Houellebecq sort bientôt un livre et les gens sont à cran. Ça va péter, c’est sûr. Alors je passe en mode « sniper » et je cherche à me greffer à une discussion un peu bouillante sur le Michou. Je vais bientôt balancer mon premier troll. Il faut juste que je target bien proprement.

Malheureusement, je galère à trouver une cible. Sur ma TL, c’est un peu ambiance « Grande Librairie ». Ça troll gentiment sur Houellebecq. Il faut que je localise un vrai serial killer, un gars qui le déteste vraiment à fond le Michou. Celui ou celle qui veut à tout prix lui faire la peau. Mais je ne trouve pas. Mes blogueuses thriller s’en foutent du plagiaire réunionnais. Mes Youtubeuses aussi, il n’y en a que pour le dernier Maxime Chattam ou les auteurs de polars scandinaves qu’elles adorent. C’est un peu le pays de Candide chez les bisounours ici.

Puis hier soir, j’aperçois enfin une cible potentielle. Le gars, il trolle sur le style de Houellebecq. Je ne le connais pas, mais il a une vraie tête de mafieux kosovar (je vis en Suisse et ici on a peur des Albanais). Et en plus, il se fait appeler « MAD MAN CLARO ». Ça sent tout bon.

Bon je me renseigne quand même sur le personnage. Je vous le dis tout de suite, c’est du très lourd. Il est flippant. Il a plus de 5500 abonnés. Pour un littéraire pas mainstream, c’est beaucoup. Je lis son blog. Merde, il écrit très bien (et ça ne m’arrange pas ça). C’est un bon. Genre très bon. Il est même suivi par mon conseiller littéraire et par Matthieu Garrigou-Lagrange ! Putain le gars il est suivi par Garrigou-Lagrange himself ! C’est une sommité en fait, je ne fais pas le poids… si je le troll, il va me retourner en deux temps trois mouvements, coup de boule rotatif pleine face… je vais me ridiculiser en mode Cyrano avec humiliation à la fin de la tirade… c’est risqué.

Je lis quand même quelques-uns de ses tweets. C’est un costaud. Il déteste vraiment Houellebecq. Et moi, je n’en ai finalement rien à foutre du Michou. Il peut se défendre tout seul le légumineux. Il n’a pas besoin d’un nobody comme moi. Mais quand même… MAD MAN… il peut pas le sentir… il est juste parfait.

Petit florilège : 

Même sur son blog il balance :

Bref, on est dans « la Haine » de Kassovitz. Ce gars c’est de la nitroglycérine. Il n’y a qu’à le secouer un peu pour que ça explose. 

Je flippe. Mais j’ai quand même bien envie de faire un petit test. Je commence doucement en répondant à son tweet sur le style de Houellebecq :

Pas terrible, mais tout le monde aime les pandas. Enfin je crois. Ça devrait faire réagir un peu ce genre de menace. Je consulte l’audience de mon tweet :

Que dalle. Rien. Calme plat. Ça ne bouge pas et MAD MAN ne répond pas. Il est peut-être au dodo. Je vais tenter un truc de ouf… comparer le style de Michou avec celui d’un génie de la littérature française. Un gars qui a eu lui aussi son lot d’injures sur son style. Je ne trouve pas. Y a bien Jules Vernes, mais bof…

Et là, c’est le drame. J’ai une mauvaise idée. Genre fatal. Je suis dans ma période Camus en ce moment (ça m’arrive une fois tous les deux ans) et je relis La Peste et L’Étranger. Comme ça. Pour le fun. J’ai lu quelque part un truc absurde : le style de Camus dans L’Étranger ne serait pas tip-top. C’est le genre de commentaire qui me dépasse. Mais ça fait un « boing » bizarre dans mon crâne. Et si je comparais le style de Michou avec celui du grand Camus ? Ça pourrait le faire ça ? Après tout, l’absurde, Camus, il connaissait un peu… non ? Je me lance (mais je flippe car c’est très risqué comme tentative kamikaze).

Et puis j’attends. Rien. MAD MAN fait dodo. J’ai envie de supprimer mon tweet. Je résiste. Au pire, s’il me déglingue à son réveil, ce n’est pas grave… je fermerai mon compte Twitter et je prendrai un pseudo. Ou mieux, je me planquerai comme un lâche en Suisse pour échapper à l’humiliation nationale (ah non je peux pas ça, je l’ai déjà fait…)

Le lendemain, MAD MAN a répondu aux alentours de 7h00. C’est un matinal. Je lis sa réponse un peu fébrilement.

Mèheu… c’est tout ? J’attendais un truc un peu plus virulent quand même… je suis déçu. Bon il n’est peut-être pas en forme MAD MAN. C’est le matin. Il est dans le coton comme moi, je vais donc le relancer gentiment. Je cherche rapidos un truc sur le style de Houellebecq et je tombe sur un essai que je n’ai bien entendu jamais lu. Je le balance à sec.

Toujours rien. MAD MAN sirote son café. Il s’en fout de moi et de mes 44 abonnés. Je suis un nobody. Il n’a pas de temps à perdre avec du menu fretin. En plus, je suis presque Suisse. Je n’existe pas vraiment.

« C’est pô juste » comme dirait mon célèbre petit compatriote virtuel. Je ne sais même pas troller. Tant mieux après tout. Je n’aime pas ça. Je vais plutôt ouvrir un compte Instagram et faire de jolies photos de mes chaussures. Ou de mes cigares cubains.

C’est plus moi, ça.

L’image mise en avant dans cet article est un screenshot du célèbre jeu « Red Dead Redemption 2 » de Rockstar Games.

11 commentaires sur “Je suis nul sur Twitter

  1. LOL J’ai un peu la même impression sur Twitter. Que ma promo d’auteure y est complètement hors-sujet. Parfois, les gens RT, mais me suivent rarement pour autant. Au temps pour mes efforts marketing… Quant au MAD MAN, trop drôle; je n’ai pas une seconde regardé qui c’était, mais je l’ai direct RT sur la question des « Harlequin », parce que moi aussi, je suis de la nitro sur le sujet de la romance, faut pas me chercher, je deviens un pitbull et je ne lâche l’affaire que quand ça ne bouge plus en face (en vrai, je travaille beaucoup sur moi pour devenir plus civilisée, mais ça doit être la raison de mon attrait initial pour Twitter). Il m’a répondu un truc qui ne voulait rien dire et que je n’ai pas compris; je suis déçue aussi…

    Et tu as raison; Instagram, c’est sympa, en tout cas le coin « littéraire » (il y a plein de sous-communautés et certaines ne font pas du tout envie!). J’y suis en toute discrétion, en mode « mettons en avant ce qui est joli dans la vie ». Ça change.

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  2. Voici comment on fait pour être efficace en tant qu’auteur sur Twitter (version courte): tu te mets à suivre tous les comptes d’auteurs et de blogueurs littéraires que tu aperçois (oui, tous). Ensuite, tu retweete (liker ne suffit pas) tous les contenus qui te paraissent intéressant et semblables à ce que tu produits, et tu commentes de manière constructive les tweets des gens qui sont un peu dans le même bateau que toi. Assez rapidement, la mayonnaise va prendre.

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  3. Twitter, c’est une mayonnaise qui prend difficilement. J’ai un autre compte, celui de mon « vrai job », ou j’ai plus de deux mille abonnés, et je les ai eu à une période où j’étais une vraie cocotte minute sur beaucoup de sujets. Donc beaucoup de tweets très salés, qui ne me ressemblent plus du tout.

    Sur mon compte auteur, je suis comme toi. J’ai tendance à tweeter dans le vide, tout comme sur mon blog je lance des bouteilles à la mer qui ne sont pas lues et… Surprise: je m’en fous, c’est incroyable.
    Bien sûr, la plateforne d’auteur est importante, mais elle met des années à se construire et à devenir solide. Je suis devenue partisane de laisser mon travail parler à ma place, et c’est… Reposant.

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  4. Moi aussi je suis nulle sur Twitter et en plus on entend dire qu’un auteur doit ABSOLUMENT être sur Twitter. J’en suis triste. Je ne suis pas l’actualité et je n’aime pas les réactions tranchées. Donc, je copie simplement des liens de mes blogs et images sur Twitter.
    Au début, je participais à des activités de twittérature, de micro-poésie et c’était bien, mais mes contacts ont cessé et pis j’ai perdu le gout. Mais ça faisait bien, je trouve, pour un compte auteur d’avoir de la poésie. Bref.
    Et pis, si tu cherches toujours des sujets à polémique, y’a toujours la grande question des droits d’auteurs et des associations montantes de ceux-ci, la part des éditeurs, l’auto-publication ou non, etc.
    Moi je passe. xD

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    1. Merci pour ton message. J’ai décidé de ne plus trop me préoccuper de mon audience sur Twitter. Je laisse faire les choses. Je continuerai de poster ici et là quelques tweets mais je veux concentrer mon énergie et mon temps sur l’écriture de mes romans ou de mon blog. Le reste suivra, ou pas…

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  5. Moi aussi on m’avait dit (notre prof de « marketing digital » a la NYU) qu’il fallait une presence sur les réseaux sociaux dont Twitter. J’ai essayé, je n’aime pas du tout : pour moi l’impression que j’en ai : quand on « Twitte » cela revient a envoyer un texto au monde entier dans le vide (oxymoron voulu et malheureusement reel dans le monde de Twitter). Bref une énorme perte de temps que tous ces réseaux sociaux, pendant qu’on perd son temps la dedans on n’écrit pas (je parle de vraie écriture :livres poesies articles de blog bien écrits etc)

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    1. Je suis d’accord avec vous. Sur Twitter, le format court incite les gens à communiquer par des punchlines peu constructifs. Ce n’est heureusement pas le cas de tout le monde, mais ce RS ne me convient pas du tout, ma présence y est donc anecdotique. Et d’une manière générale, je trouve les RS trop chronophages, alors comme vous, je préfère passer du temps sur l’écriture de mes romans.

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