Je suis un écrivain d’état-major

Je suis un écrivain d’état-major. Cette formule succulente n’est pas de moi, mais de mon conseiller littéraire. Et croyez-moi, ce n’est pas très glorieux. Je m’explique.

Je souffre d’un mal étrange : la structutionite scriptor aiguë (ne cherchez pas, j’ai inventé ce mot). Cette maladie touche certains écrivains en particulier. Les symptômes sont curieux, ils se manifestent en une volonté compulsive de structurer à l’avance l’intégralité de son roman. Le moindre événement sera ainsi planifié, organisé, évalué et positionné sur une time-line millimétrée. C’est assez douloureux. Impossible d’écrire le moindre mot sans avoir préalablement tout planifié.

Attention, l’image qui suit peut choquer certaines âmes sensibles…

Manifestation d’un cas de structutionite scriptor aiguë particulièrement sévère.

En la matière, je suis une espèce de patient zéro. « Un cas d’école », comme dirait peut-être mon conseiller littéraire. Si vous suivez mon blog, vous avez peut-être lu l’article Mon étrange processus d’écriture. J’y décris les différentes étapes qui me sont nécessaires pour rédiger un roman. Comment en suis-je arrivé là ? difficile à dire… je crois que les origines de ma maladie sont multiples.

En premier lieu, mon métier. Je suis développeur et dans mon travail, il faut structurer à outrance. De plus, un étrange virus est apparu ces dernières années aux États-Unis et il s’est rapidement répandu comme une pandémie foudroyante dans le monde. Ce virus porte le nom barbare de « méthodologie scrum » et il serait une mutation d’une autre maladie virale connue sous le nom de « manifestus agilus » dont les origines sont encore inconnues à ce jour.

Pour en savoir plus sur cette pandémie, je vous invite à lire cet excellent article.

Je ne discuterai pas des effets secondaires de la méthode scrum sur ce blog. Sachez simplement que les développeurs atteints de cette curieuse maladie ne peuvent s’empêcher de gribouiller d’étranges formules incantatoires sur des petits post-its colorés, qu’ils déposent ensuite, presque religieusement, sur une surface plane perpendiculaire au sol, comme dans ce cas pathologique sévère détecté quelque part en région parisienne :

Cas typique de scrum board foudroyant

Bref vous l’avez compris, mon job a une influence quelque peu néfaste sur mon activité d’auteur. En soi, cette maladie de la structutionite scriptor aiguë est plutôt bénigne. On peut même vivre quelques années avec. Mais ses symptômes particulièrement énergivore et chronophage ralentissent ma productivité d’auteur.

Une vidéo me présentant comme un « scrum master » circule sur Internet.
Ne vous y fiez pas, c’est un montage honteux…

L’autre origine de mon état lamentable est probablement liée à une hygiène de vie plus que discutable et à une alimentation peu équilibrée à base de méthodologie américaine sur l’écriture créative. J’ai en effet la fâcheuse tendance à ingurgiter jusqu’à la nausée toutes les méthodes d’écriture qui me passe sous la main. Je suis un excellent client pour le secteur de l’édition de manuel en tout genre qui a un rapport plus ou moins éloigné avec la littérature. J’ai consommé en énorme quantité du John Truby, du Blake Snyder, du Christopher Vogler et autre Robert McKee. Il m’est même arrivé de suivre les masterclass de Dan Brown et de James Patterson (quand je vous dis que j’ai touché le fond…).

Inexorablement, je me suis rapproché du précipice. Heureusement pour moi, il existe des thérapies. L’une d’elles serait basée sur un concept assez original qui porte le nom de « spontanéité ». Le principe de cette thérapie serait donc d’ajouter une dose de spontanéité dans sa routine d’écriture. Je vais tenter ce truc pour voir, ça à l’air pas mal. Ça sera d’ailleurs mon unique résolution pour 2019 (je ne changerai rien d’autre, tout le reste est déjà parfait dans ma vie).

L’écrivain JP Depotte parle ici de spontanéité

Concernant mon statut peu glorieux d’écrivain d’état-major, j’ai quand même l’intention de passer plus de temps en 2019 sur la page (autrement dit sur le champ de bataille), car c’est là que se gagnent les plus grandes victoires.

L’image mise en avant est une peinture de Vassili Verechtchaguine intitulée « Napoléon près de Borodino » (1897).

4 commentaires sur “Je suis un écrivain d’état-major

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