Les « secrets » de Dan Brown – nuit 5

Depuis quelques semaines, je suis harcelé par des publicités à répétition concernant la Masterclass de Dan Brown, le célèbre auteur à succès du « The Da Vinci Code ». J’ai parcouru rapidement le « menu » de cette Masterclass avant de décider de ne pas la suivre. Son contenu ne m’a pas séduit, je le trouvais un peu trop conventionnel.

Puis, hier soir, après une ultime relance de Facebook, j’ai fini par craquer. Je me disais qu’il y a toujours un élément à retirer d’un auteur comme Dan Brown. On aime ou on déteste ses livres, force est de constater qu’il est à l’initiative d’un nouveau mouvement littéraire : il y a eu un avant et un après « The Da Vinci Code ». C’est indéniable. Il a forcément quelque chose d’intéressant à communiquer.

J’ai donc suivi avec attention les huit premières vidéos du nouveau Thriller Master. Dan Brown s’exprime avec aisance, il est plutôt sympathique, il apparait passionné. Le cadre est bien posé, la lumière tamisée fonctionne. On a l’impression de pénétrer dans son antre, dans son bureau secret, au coeur même de son intimité d’écrivain.

Mais, comme je le craignais, je n’ai absolument rien appris. Tout ce qu’avance Dan Brown me semble très juste, correct, ultra pertinent… mais je sais déjà tout ça… j’attend encore l’information utile, percutante, son « secret » de fabrication. Mais rien. Un néant de banalité pour écrivaillons en culottes courtes. Bref, cette Masterclass est sans doute très utile pour des auteurs particulièrement mal informé sur le genre thriller… pour les autres, elle peut à la limite servir de piqure de rappel sur certains fondamentaux, un peu comme « travailler ses gammes » pour un musicien (qui ne sait pas ce qu’est un « red herring » ? franchement ?) Mais bon, c’est dans l’ensemble décevant…

Pour revenir à mon projet #dyatlov, je n’ai finalement pas écrit une seule ligne la nuit dernière. J’ai en revanche préparé quelques « documents de travail » destinés à mon conseiller littéraire. Ma nuit ne fut donc pas complètement perdue…

La méthode Alexandre Astier – nuit 4

Cette nuit, avant de commencer ma séance d’écriture nocturne, j’ai maté une vidéo d’Alexandre Astier. Ce type, il est un peu comme Zidane, tout le monde l’adore. Je dois avouer que je fais partie de son fan-club, surtout quand il parle d’écriture, comme dans cette vidéo.

Bon, avouons-le franchement, les huit premières minutes sont confondantes de banalité. Rien de spécial. J’ai quand même écouté mon idole jusqu’à la fin. J’ai bien fait, car sa dernière réflexion fut particulièrement édifiante. Il cite Michel Audiard :  « Je commence par écrire en faisant parler les personnages […] Il faut laisser les personnages dire le texte que vous êtes en train d’écrire. »

Par habitude, je procède différemment. Je place les dialogues de ma scène à la fin. Je les écris au dernier moment. J’imagine d’abord les mouvements dans l’espace de mes personnages et leurs ressentis. Mais cette nuit, pour la rédaction du chapitre 2, j’ai voulu tenter l’expérience inverse et commencer par les dialogues. Cette méthode Audiard/Astier est intéressante, car elle met les personnages au centre de la scène avec ce qu’ils sont et non pas avec ce qu’ils font.

Bref, cette nuit, j’ai écrit 686 mots. C’est encore loin de mon objectif de 1000 mots quotidien, mais je m’en approche. Ça commence à venir. Je monte en puissance…

L’ironie dramatique diffuse (pour les nuls)

Il existe un contrat implicite entre le lecteur et l’écrivain. Ce dernier doit toujours se reposer sur l’idée que la personne qui lit son livre soit suffisamment sensible et intelligente pour appréhender les subtilités de son récit. C’est même un principe de base : toujours faire confiance en son lecteur. Ne jamais surexpliquer son texte. Ce « deal » permet à l’écrivain de développer des concepts de dramaturgies efficaces, comme l’ironie dramatique.

Et pourtant, il semblerait que certains éditeurs soient complètement imperméables à ces techniques pourtant basiques. Cela peut paraitre surprenant, mais je l’ai expérimenté au moins une fois lors de la diffusion de mon manuscrit. En effet, un éditeur dont je ne divulguerai pas le nom (par pure bienveillance) m’a notifié la raison pour laquelle il ne publierait pas mon texte. Il semblerait que cet éditeur soit passé complètement à côté d’un effet que j’ai minutieusement mis en place dans la première partie de mon roman : l’art de l’ironie dramatique « diffuse ». Je m’explique.

Mais commençons par définir ce qu’est « l’ironie dramatique ». Ce concept existe depuis la nuit des temps. Les plus anciens dramaturges grecs l’utilisaient déjà. C’est une notion tellement bien inscrite dans le mode narratif qu’elle est utilisée intuitivement par tous les écrivains et scénaristes dignes de ce nom. Elle repose sur l’idée de divulguer une information importante uniquement au lecteur, mais pas aux protagonistes d’une scène. 

Vous l’avez sans doute compris, je suis un grand admirateur du « maitre »

Hitchcock l’expliquait mieux que quiconque lors de ses entretiens avec Truffaut. Pour illustrer son propos, il proposait l’exemple suivant : imaginez une scène avec une bombe programmée pour exploser à une heure précise, dissimulée sous une table, avec des personnes autour. Le spectateur a connaissance de l’existence de cette bombe, mais pas les personnages. C’est simple et efficace. En alternant des plans entre la bombe sous la table, les personnages et une horloge murale, le réalisateur habile créera un effet de suspense très saisissant. Ce principe d’ironie dramatique fut remarquablement bien exploité par le maitre du suspense dans son film « Sabotage » :

« Sabotage » (réalisé par Alfred Hitchcock, scénario de Charles Bennett et Alma Reville d’après Joseph Conrad, 1936)

Dans le film « Walkyrie », le réalisateur a imaginé une variante admirable, d’autant plus réaliste qu’elle repose sur un événement historique : l’attentat manqué contre Hitler en 1944 (admirez comment les personnages « jouent » avec la sacoche sous la table)

« Walkyrie » (réalisé par Bryan Singer, scénario de Christopher McQuarrie et Nathan Alexander, 2008)

L’ironie dramatique « diffuse » repose sur le même principe, mais est un peu plus subtile. Yves Lavandier, un dramaturge français, l’explique avec une scène du film « Les dents de la mer ». L’intrigue de ce film repose sur la traque d’un requin tueur qui sévit aux alentours d’une petite ile proche des États-Unis. Dans la première partie du film, un groupe de pécheur réussit à tuer le « monstre » aquatique et expose fièrement son cadavre devant les photographes de presse. Tout le monde se réjouit, même les principaux protagonistes.

Mais le spectateur sait, intuitivement, que le requin tué ne peut pas être la bête tueuse. Comment ? Tout simplement parce que le film n’a démarré que depuis 35 minutes et que l’enjeu final ne peut avoir une résolution aussi rapide. Le spectateur comprend, inconsciemment, que le film est loin d’être terminé, contrairement aux personnages du film qui n’ont pas de repères temporels. C’est ce qu’Yves Lavandier nomme pertinemment l’ironie dramatique « diffuse » :

Yves Lavandier explique le principe d’ironie dramatique « diffuse »

Je ne connaissais pas le nom de cette technique lorsque je l’ai mis en place dans la première partie de mon roman, mais j’avais conscience de son existence. Je présentais donc un enjeu, un conflit et une fausse résolution assez rapide. Cet effet a pour but d’augmenter le suspense qui repose sur l’ironie dramatique « diffuse ». Le lecteur intelligent (celui dont le quotient intellectuel est raisonnablement plus élevé que celui d’un batracien) sait pertinemment que cette fausse résolution proposée ne peut pas être la résolution finale. Comment le sait-il ? Tout simplement par le fait qu’il n’a lu que 30 des 350 pages qui constituent mon roman.

Et pourtant, étonnamment, un éditeur a refusé mon histoire, car il estimait que le conflit que je proposais trouvait sa résolution trop rapidement. J’ai encore du mal à comprendre comment un éditeur digne de ce nom est capable d’émettre une telle absurdité. C’est tout simplement inconcevable de bêtise. Très probablement, cet éditeur n’a pas lu mon manuscrit dans son intégralité, sinon il n’aurait pas justifié son refus par une telle stupidité. S’il ne l’a pas lu complètement, c’est pour une autre raison, mais certainement pas pour celle invoquée, à moins que cet éditeur soit complètement dépourvu d’intelligence narrative. Ou bien nagerait-il dans un océan de mauvaise foi ? Je n’ose imaginer que la première option soit la bonne…

Bref, cette mésaventure sans conséquence m’a fait réfléchir sur un élément : un roman publié par un éditeur ne constitue pas en lui seul un gage de qualité. Il suffit de lire les œuvres de certains auteurs publiés aujourd’hui pour s’en rendre compte. En résumé, il faut toujours faire confiance en l’intelligence de vos lecteurs, mais pas systématiquement en celle de certains professionnels de l’édition…

Le parcours du combattant

Vingt-quatre années plus tôt, je servais sous les drapeaux en France. Enfin… je faisais un truc à la mode à l’époque. On appelait ça « le service militaire ». Moi j’étais dans l’artillerie. Je n’ai jamais trop compris pourquoi. Mais ça m’amusait de jouer aux petits soldats. Je m’étais rendu compte que la meilleure façon de faire passer ce truc, c’était de prendre tout ça comme un grand jeu. On campait à la belle étoile, comme chez les scouts, et on tirait au Famas sur des cibles en bois. On m’a même donné une médaille pour ça à la fin.

Mais quand même, il y avait un truc que je détestais pendant mes classes, c’était le parcours du combattant. Je me plantais misérablement et très systématiquement sur la planche irlandaise. Ce truc-là, je n’y arrivais vraiment pas. Apparemment, je manquais de technique et de souplesse. J’étais pourtant sportif à l’époque, je courais douze kilomètres tous les soirs (pour mon plaisir, si si…) et j’adorais les marches forcées de nuit avec paquetage complet et rangers cirés (rappelez-vous, on jouait à la guerre). L’endurance, ça a toujours été mon truc. Mais cette putain de planchette irlandaise… ça… je n’ai jamais réussi. Jamais.

En écrivant mon premier roman, je ne pensais pas que j’allais me retrouver, vingt-quatre années plus tard, devant une nouvelle « fucking Irish board ». Vraiment pas. La page blanche ? Connais pas. La volonté ? C’est mon point fort. Découragements, fatigues, doutes ? Bien sûr… comme tous les auteurs… mais ça finit toujours par passer et j’avance. Toujours. Jusqu’au prochain obstacle.

Puis un jour, mon premier roman semblait fini et il fallait lui trouver un éditeur. On m’avait pourtant prévenu : la recherche d’un éditeur, c’est une sinécure sans nom. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on ne connait personne dans le milieu. Mais ça ne me faisait pas peur. J’avais quand même fait le plus dur en terminant mon roman. Je parviendrais bien à convaincre un éditeur. Je pensais la même chose lorsque je me suis retrouvé, pour la première fois, devant une putain de planche irlandaise…

Le 7 juillet dernier, j’ai donc envoyé mon manuscrit par email à 13 éditeurs qui acceptaient les versions numériques. Le 11 juillet, je l’ai ensuite envoyé par la Poste à 11 autres éditeurs qui n’acceptaient que du papier. Il suffisait ensuite d’attendre gentiment. Tout ça me paraissait très simple, finalement.

Un mois plus tard, premier bilan : sur les 24 éditeurs contactés, seules trois grandes maisons d’édition avaient répondu. Trois refus types non argumentés. Chose étrange, ces trois éditeurs avaient envoyé leur réponse par email très rapidement (deux semaines après réception du manuscrit) et à une heure précise toute ronde : 10 h. J’ai tout de suite soupçonné un vilain script automatique en PHP. Bref, ils proposaient quand même une « alternative » en passant par l’autoédition avec Librinova ou Nouvelles Plumes. Ainsi, pour faire passer la pilule, ces trois grandes maisons incitent leurs écrivaillons recalés à passer par l’autopublication. On croit rêver…

Aucune réponse des 21 autres éditeurs. Normal, me disais-je alors. Je savais que le processus de sélection des manuscrits était très très long (deux mois pour les plus rapides à six mois, voir un an, pour les moins organisés). Rien de surprenant donc. Surtout en période estivale. Optimiste, j’imaginais que mon manuscrit passait de main en main dans différents comités de lecture…

Aout 2018. Photo trouvée sur la page Facebook d’une grande maison d’édition parisienne. Les manuscrits non lus s’empilent dans leurs bureaux. Le mien se trouve tout en bas de la première pile au premier plan (je crois le reconnaitre à sa reliure très singulière « made in Swiss »). Plus de 95 % de ces manuscrits ne parviendront jamais jusqu’au comité de lecture. Je ne sais toujours pas ce qu’il est advenu du mien…

En septembre dernier, je commence par perdre patience. On m’a alors conseillé de contacter beaucoup plus d’éditeurs que je ne l’ai fait. J’envoie donc mon manuscrit à des moyennes et petites maisons. La lecture de certains forums dédiés aux auteurs ne m’a pas redonné confiance. Il semblerait que la probabilité de se faire éditer par une grande maison pour un auteur débutant francophone soit quasiment nulle. Surtout si le manuscrit ne bénéficie d’aucun soutien bienveillant (une formule plus élégante pour décrire « un piston »). J’ai donc envoyé mon fichier PDF/Word à une dizaine d’éditeurs indépendants bien ciblée. J’ai aussi appris que la taille d’une maison d’édition ne comptait pas tant que ça pour le succès d’un roman (demandez à Joël Dicker). Beaucoup de primo auteur ne dépasse pas les 300 exemplaires vendus, même chez « Galligrasseuil ». Le plus important, après la qualité d’un récit, c’est la motivation et la disponibilité de l’auteur lors de la parution de son livre. Ça me va.

Durant les semaines qui suivent, les lettres de refus s’accumulent. Heureusement, le travail préparatoire de mon second roman accapare toutes mes pensées. Par dérision, je cloue ces lettres sur une planche en bois (pas irlandaise cette fois-ci, mais suédoise). J’ai lu que Stephen King faisait de même lorsque, jeune auteur inconnu, il recevait des lettres de refus. Il parait même que son clou était rapidement devenu trop court…

Sur les conseils d’un ancien directeur de collection, je décide d’envoyer mon manuscrit à des agents littéraires. Je cible quatre agences : Anna Jarota Agency, David Camus, l’Agence des livres électriques et CGR. Sans trop y croire, je leur envoie mon manuscrit. David Camus est le premier à me répondre, le jour même (un dimanche !) et il m’annonce qu’il ne prend plus aucune nouvelle représentation. Quelques jours plus tard, l’Agence des livres électriques accuse réception de mon manuscrit. Ils vont l’étudier et ils me répondront dans quelques mois. Mais je pense que c’est peine perdue. Pas de nouvelles des deux autres agences. Sur le site d’Anna Jarota, je lis :

« […] nous ne prenons que peu de nouvelles représentations […] nous recherchons plus particulièrement des auteurs passionnés par l’écriture, ayant une parfaite maîtrise de la langue, un style littéraire original, qui apportent une “nouvelle pierre à l’édifice” et qui ont un don narratif. »

Fin octobre, enfin une bonne nouvelle. Un éditeur me propose un contrat. Je déchante rapidement : il s’agissait d’un contrat à compte d’auteur habilement déguisé. Puis un second éditeur, un vrai cette fois-ci, me contacte. Il m’envoie le contrat par email. Ma joie est là aussi de courte durée : les conditions contractuelles sont inacceptables. Je cherche des informations sur Internet (je sais, j’aurai dû le faire plus tôt) et je m’aperçois que la maison en question a très mauvaise réputation. Nouvel échec.

Fucking Irish board… (j’ai l’impression d’être moins vulgaire quand je jure en anglais)

Je comprends aussi que le marché du livre est en pleine crise. Peu d’auteurs parviennent à vivre de leur passion. La grogne règne (#payetonauteur) et de plus en plus d’auteurs publiés tentent l’aventure de l’indépendance ou de l’hybride pour « survivre ». Samantha Bailly est littéralement défoncée sur Facebook lorsqu’elle annonce que son prochain roman sera autoédité sur Amazon Kindle. J’observe ce mouvement de loin, bien à l’abri dans mon bunker helvète et derrière mon compte Twitter. Je me dis que j’ai beaucoup de chance d’être développeur…

En revanche, je ne sais plus trop quoi faire de mon manuscrit. Avant de l’envoyer à des éditeurs, je l’avais fait diagnostiquer par trois conseillers littéraires, dont un ancien éditeur et un ancien directeur de collection d’une grande maison. Le but de cet « audit » était de cerner tous les défauts d’un manuscrit aspirant à l’édition, puis de le corriger avant de l’envoyer. Je ne vous ferai pas l’injure de la fausse modestie, les trois conseillers étaient unanimes : mon manuscrit est bon. Le premier s’est même dit « estomaqué » par sa qualité. Le second et le troisième ont confirmé l’avis du premier avec un peu plus de nuance. Mais voilà, la personne à convaincre au final, c’est le lecteur. Et sans éditeur, il n’y a pas de publication, et sans publication, il n’y a pas de lecteur…

Novembre 2018. Les lettres de refus s’empilent sur mon clou. Maintenant c’est certain, je suis tombé sur une nouvelle planche irlandaise. Il s’avère qu’il est aujourd’hui plus difficile de trouver un éditeur que d’écrire un roman de 300 pages. Pendant une brève période, je songe même à laisser tomber et à concentrer toute mon énergie sur mon second livre. Je pense quand même pour la première fois à l’autoédition. Je me renseigne. Je tombe sur l’ébauche de la charte des auteurs indépendants. J’en parle à mon conseiller littéraire qui me répond : « pour que les auteurs indépendants accèdent à une vraie légitimité, il faut que leurs livres soient deux fois meilleurs que ceux des éditeurs traditionnels. » Cette réponse me galvanise. Qu’à cela ne tienne, je vais me battre pour faire exister mon roman et l’améliorer. Il sera meilleur que certains romans fadasses et sans originalités publiés chez ceux qui m’ont refusé ! J’engage une phase de réécriture profonde et je lance le processus de création d’une couverture. Je suis gonflé à bloc. Je réécris intégralement mon premier chapitre. Objectif : publication pour le premier semestre 2019. Je suis enfin (re) lancé.

Quelques jours plus tard, l’agence Anna Jarota me contacte. Après deux mois, je les avais complètement oubliés. Ils « s’intéressent beaucoup » à mon manuscrit. Ils me demandent de patienter encore une semaine, mon roman est entre les mains de la directrice de l’agence. Je ne sais pas trop quoi répondre… ils me relancent la semaine suivante « nous sommes vraiment intéressés par votre manuscrit. » Ils me précisent que la prochaine étape avec eux sera un travail de correction. Je suis trop expérimenté pour jubiler, alors je prends mon temps pour réfléchir.

Puis la semaine suivante, nouveau rebondissement. Une maison d’édition me contacte elle aussi. Cet éditeur avait attiré mon attention, notamment pour leur nouvelle collection « suspense » et je leur avais envoyé un PDF. J’avais déjà lu un de leur roman et je l’avais apprécié pour le style de l’auteure. Je discute au téléphone avec l’éditrice. J’ai un bon feeling avec cette personne. Elle parait enthousiaste et motivée. Elle me demande si j’ai déjà publié mon livre avec un autre éditeur (elle lit mon blog). Je réponds que j’ai sur mon bureau un contrat que je ne vais pas signer et que je songe sérieusement à l’autoédition. Je précise que je reste ouvert à une autre alternative. Elle enchaine et m’explique très clairement leurs conditions, leurs diffuseurs, leurs distributeurs, la promotion, etc. En plus, elle aime bien la couverture actuelle du roman et elle veut la conserver. Cette fois-ci, je jubile vraiment, mais j’essaye de ne pas trop le montrer. Il me semble quand même l’avoir « beaucoup remercié » deux fois avant de raccrocher. Tant pis. De toute façon, elle lit mon blog. Je réceptionne le contrat le jour même par email, je le parcours rapidement. Tout me semble correct, j’ai très envie de leur répondre « OK », mais je décide de prendre le weekend pour bien réfléchir.

Je ne sais pas encore ce que je vais faire. J’ai peut-être enfin vaincu « le syndrome de la planche irlandaise ». Mais voilà, il me reste un dernier syndrome à vaincre… celui « de l’imposteur ». Jamais entendu parler ? Je vais vous expliquer. 

Vingt-trois années plus tôt, je cherchais un travail dans… (à suivre…)

Petite causerie avec Matthieu Biasotto

J’ai été interviewé par Matthieu Biasotto, un auteur talentueux qui est aussi le créateur de ma couverture. Je me permets de retranscrire notre échange en avant-première ici. Bonne lecture !

Matthieu Biasotto : Hello, Laurent ! Merci d’avoir fait appel à moi pour ton roman. Est-ce que tu peux te présenter à mes lecteurs et nous expliquer en deux mots comment tu as plongé dans l’écriture ?
Hello, Matthieu ! Et merci de m’accueillir sur ton site.
L’écriture, c’est un peu mon travail depuis plus de vingt ans. Le jour, j’écris des lignes de code (je suis développeur) et la nuit, j’écris des romans. Bref, je passe l’essentiel de mon temps à écrire quelque chose…
Plus sérieusement, ma passion est l’écriture d’histoires à suspense. J’imagine et écris principalement en mode nocturne, mais aussi parfois tôt le matin. Plusieurs heures par jour. Tous les jours. Anniversaires et fêtes nationales compris 😉

Est-ce qu’il s’agit de ton premier roman ?
Oui, c’est le premier, mais il a maturé dans mon esprit pendant une dizaine d’années. J’ai même retrouvé un vieux carnet dans lequel je posais mes premières idées. J’avais écrit « 11 juillet 2009 » en haut de la page. Mais je me suis véritablement lancé dans l’écriture qu’en 2016. J’ai donc pris tout mon temps.

Le fric m’oppresse, mais je n’ai jamais pensé à en faire un thriller… J’imagine que tu ne t’attaques pas à un tel sujet par hasard. Me trompé-je ?
Tu as raison. On peut appeler ça les « hasards de la vie ». Avec mon métier de développeur, j’ai pas mal bourlingué et j’ai travaillé dans des milieux plutôt variés : les assurances, les jeux électroniques, la pharmacologie, les hôpitaux, la formation…
Et puis un jour j’ai été embauché par une société de trading suisse et ma vie a basculé. C’est là-bas que m’est venu le sujet de mon premier roman. J’étais alors un petit développeur lambda discret et sans envergure, mais la particularité de mon poste faisait que j’avais accès à des informations ultras confidentielles. Je me suis même trouvé un peu malgré moi au cœur d’un système effroyable. Je n’ai tenu que deux ans, j’ai fini par démissionner. Mais je n’ai jamais oublié « ces choses » que j’ai vues ou entendues, ces bruissements de couloirs sidérants… je me disais souvent « pu****, si les gens savaient… » cette expérience m’a fortement marqué et certains événements clés de mon livre sont donc inspirés d’éléments réels.

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Je ne veux même pas imaginer les *s410p3r13S* qui se trament dans ce monde très spécial et en même temps, je trouve ça presque fascinant. Quels sont les thèmes que tu aimes aborder ou qui t’inspirent en dehors de la finance ?

Je crois que peu importe le thème, le plus important dans une fiction, ce sont les personnages. Ce qui me passionne c’est donc d’imaginer comment un personnage va réagir dans un contexte particulier avec ce qui le caractérise le plus. Mais pour revenir sur l’aspect thématique, je suis assez fasciné par la notion du « mystère inexplicable », de « la perte de contrôle » et des « grands secrets du passé » qui demeurent irrésolus. C’est d’ailleurs l’un des thèmes de mon second roman. Je crois que ça fait partie de mon univers d’auteur d’inscrire ainsi mes histoires dans le terreau du réel. Je serai incapable, pour l’instant, d’écrire de la SFFF. Ça me semble tellement difficile ! J’ai besoin de puiser mes sujets d’inspiration dans le concret et d’en extraire une fiction proche de la réalité.

Tout à fait d’accord avec toi sur l’importance du personnage, c’est ce qui rend, à mes yeux, un texte humain et donc intéressant. Comment es-tu arrivé à l’autoédition ?
Je ne connaissais absolument rien au métier de l’édition, j’ai donc commencé par chercher un éditeur par la voix traditionnelle : manuscrits envoyés par la poste ou par email. J’ai bien entendu essuyé plusieurs refus, mais j’ai été accepté par deux maisons d’édition qui m’ont contacté pour me proposer un contrat. Lorsque j’ai pris connaissance des termes de ces contrats, j’ai été plutôt sidéré. Je ne pensais pas que les auteurs pouvaient être autant déconsidérés dans le processus d’édition de leur propre livre… j’ai alors appris qu’il existait des alternatives, comme l’autoédition, bien plus avantageuse pour un auteur. Mon manuscrit est encore en lecture dans quelques maisons d’édition. Un agent littéraire est aussi « intéressé ». J’attends donc encore un peu pour voir, même si j’ai très envie de tester l’aventure de l’autoédition.
Certes, cette voie est un peu déstabilisante, surtout vis-à-vis de l’investissement chronophage qu’il faut planifier. Il faut créer un blog, une page auteur Facebook, chercher un correcteur, des bêta-lecteurs, un conseiller littéraire pour le travail d’édition, faire le marketing, créer une couverture… mais le côté entrepreneurial m’a séduit également. Cette idée de tout maitriser, du début à la fin, c’est plutôt agréable. Un de mes conseillers littéraires me disait dernièrement, au sujet de la charte des auteurs indépendants : « pour que les auteurs indépendants accèdent à une vraie légitimité, il faut que leurs livres soient deux fois meilleurs que ceux des éditeurs traditionnels » et je crois qu’il a raison. On doit donc se retrousser les manches et j’aime ça !

J’adore ce sentiment de liberté. Je ne peux plus m’en passer 😉 100% d’accord avec la charte des auteurs indépendants. D’une manière générale, chaque bon livre auto-édité plaide en faveur des indés. Tu peux nous parler de ton projet « La finance de l’ombre » ?
Pour commencer, je voudrais préciser que je n’ai absolument rien contre les banques ou la finance en général, même si mon expérience personnelle sur ce terrain fut plutôt traumatisante. Mon roman ne s’attaque pas à ce métier respectable. D’ailleurs mon père a fait toute sa carrière dans une grande banque française. Je suis en revanche plus sceptique au sujet des transactions opaques qui se développent de plus en plus dans les « dark pools » et autres dérives du trading à haute fréquence. Mais mon roman ne traite pas de ces sujets. Il place un regard précis sur les conséquences de la crise des subprimes dans le monde. La Suisse a été, je pense, injustement pointée du doigt alors qu’elle n’était responsable de pas grand-chose dans cette histoire-là. Il se passe des choses bien plus troublantes dans la City de Londres ou à Wall Street. Je n’en dirai pas plus…

Pour en revenir à mon projet, je prendrai en exemple le film « Margin Call » (JC Chandor 2011). Lors de sa projection au festival du film policier de Beaune, les spectateurs, la presse et le jury se sont demandé ce que ce film faisait en compétition. En effet, cette histoire de banque d’investissement aux actifs toxiques ne correspondait en rien aux codes du polar. Il n’empêche que ce film, au casting prestigieux, est sorti auréolé du Grand Prix du festival…
Mon roman est un peu dans la même veine. Les thrillers financiers sont plutôt rares, mais je crois qu’il existe un véritable lectorat pour ce genre particulier. Qui n’est pas intéressé par l’histoire de ces hommes et de ces femmes, véritables criminels en col blanc, souvent complexes, souvent dénués de tout sens éthique, mais qui sont aussi parfois capables de tout foutre en l’air pour se rebeller contre le système ? C’est un sujet qui, s’il met les personnages au centre, peut intéresser tous les amateurs de thrillers. Et même les autres.

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Je suis plutôt Rage Against The Machine dans l’esprit et pourtant tu m’intrigues et me donnes envie de découvrir cet univers. À propos du visuel, quelle ambiance souhaitais-tu retranscrire avec ta couverture ? C’est le moment de nous vendre du rêve !
Je crois que la couverture est le visage d’un roman. C’est le premier contact visuel entre le lecteur et l’objet livre. Un rapport de séduction instantanée doit s’opérer. Une espèce de coup de foudre. Si la couverture ne plait pas à un lecteur, la chance que ce dernier retourne le livre pour lire la quatrième de couverture est très faible. Mais je crois aussi qu’il ne faut pas mentir à son lecteur, la couverture doit clairement annoncer le contenu du livre. Pour le mien, il fallait donc retranscrire une ambiance proche de l’univers abordé : celui de la finance moderne, avec un personnage dans l’ombre, inquiétant et en même temps en plein doute sur ce qu’il fait. Tu as parfaitement retranscrit ce que je souhaitais. Mon livre est un thriller financier qui se passe en Suisse, mais avec des enjeux planétaires importants. La perspective de Manhattan en skyline et de Wall Street en filigrane est donc parfaite. Les jeux de transparence sur le trading électronique également. Sans révéler des éléments de mon intrigue principale, je peux dire que c’est l’arrière-plan de mon sujet. J’ai aussi insisté pour que le jet d’eau de Genève, symbole de la cité de Calvin, soit présent, car l’essentiel de mon histoire se situe en Suisse, au bord du lac Léman.

J’ai la même vision que toi : la couverture est une promesse. Selon toi, est-ce que la couverture est déterminante pour le succès d’un livre ? À plus forte raison sur les plateformes comme Amazon ?
Elle fait partie du processus de séduction, alors oui, elle est très importante. Une mauvaise couverture peut fortement réduire le succès potentiel d’un livre. Personne n’a envie, moi le premier, de lire un roman dont la couverture fait amateur. C’est d’autant plus vrai sur les plateformes comme Amazon où votre livre se retrouve noyé parmi des dizaines de milliers d’autres ouvrages. Il suffit de regarder le classement des meilleures ventes pour s’apercevoir que toutes les couvertures sont attrayantes. D’ailleurs, j’ai remarqué que dans la catégorie des meilleures ventes thriller, plusieurs couvertures sont de toi… félicitations !

C’est gentil, mais les auteurs bien classés ont d’autres atouts dans leurs manches, la couverture ne fait qu’amplifier le résultat 😉 À propos du titre, tu as eu l’inspiration immédiatement ? Il s’est imposé au début du projet, en cours d’écriture ou en toute fin ?
Le titre a souvent changé. Je dois avoir une douzaine de versions différentes. Je me suis décidé sur la fin pour « La finance de l’ombre », car il est assez révélateur du thème principal que je développe. C’est aussi une expression connue dans le milieu, traduction non littérale de « shadow banking » qui décrit le système opaque dans lequel le monde de la finance évolue aujourd’hui.

Excellent, très intriguant « le côté obscur de la thune ». Plus sérieusement, en tant qu’auteur, qu’est-ce que tu attends d’une bonne couverture ?
Qu’elle décrive en un coup d’œil l’univers de mon livre.

Et en tant que lecteur ?
Qu’elle me séduise et qu’elle me dise la « vérité » sur le livre.

Trading et suspense, c’est un cocktail étonnant. Est-ce que tu as prévu une suite, ou d’autres histoires dans cet univers ?
Non pas dans l’immédiat. J’y reviendrai peut-être après mon second roman. Ça va bien entendu dépendre de l’accueil du premier, même si je crois qu’on ne choisit pas toujours le thème de son prochain livre. J’ai plutôt l’impression que ce sont les idées qui vous choisissent et qui s’imposent à vous, pas le contraire. Mais j’ai aussi le sentiment que je n’en ai pas fini avec cet univers du trading et de la finance en général. Il y a bien eu une suite à « Wall Street », alors pourquoi pas moi ?

En effet, pourquoi pas ? Est-ce que tu as testé ta couverture auprès de proches pour prendre la température ? Si oui, comment ça se passe ?
J’ai fait un petit sondage sur mon blog et parmi mes amis. J’avais trois propositions de couverture différentes. Une des trois plaisait plus que les autres. Mais tous avaient du mal à se décider. Personne ne m’a dit qu’il n’aimait pas, que ça faisait amateur ou autre chose. Tous au contraire ont plébiscité ces trois couvertures et en toute objectivité je peux dire que tu as fait un excellent travail.

Je vais rougir :p Comment es-tu venu à me contacter ? Pourquoi moi ?
J’ai découvert ton travail par le plus grand des hasards du blog d’une auteure avec qui tu avais collaboré pour son roman. J’ai tout de suite été séduit par la qualité de sa couverture. Je la trouvais parfaite, bien équilibrée, un vrai travail d’artiste. J’ai ensuite visité ton site et je me suis dit « c’est lui qu’il me faut ! »

« C’est lui ! » LA révélation :p Comment décrirais-tu notre collaboration ?
J’avais un peu peur au début que tu ne sois pas très disponible, mais c’était tout le contraire, tu m’as rapidement répondu et on a convenu d’un entretien sur Skype. Lors de nos différentes conversations, je t’ai trouvé très ouvert, très curieux et il se dégageait de ta personnalité une bienveillance rare. Ça me changeait des traders ! Tu avais vraiment envie de créer la meilleure couverture possible. J’ai aussi été surpris par ta rapidité. On sent que tu es un professionnel expérimenté. Mais surtout, c’est ta fibre artistique qui est précieuse dans ce que tu fais. Le fait que tu sois aussi un auteur à succès, avec 14 romans à ton actif, te permet de comprendre immédiatement ce qu’il faut faire. Je me sens privilégié d’avoir pu collaborer avec toi. Ma seule crainte, c’est que tu ne sois pas disponible pour la couverture de mon prochain roman !

C’est super sympa, merci. Je te rassure, pour l’instant je n’ai pas prévu d’arrêter. (et j’avoue être à l’opposé d’un trader sur la courbe de l’humanité :p ) Un conseil à donner aux auteurs qui se lancent sur Amazon à propos de la couverture ?
À moins d’être un artiste comme Matthieu, n’essayez surtout pas de la faire vous-même. La couverture est trop importante pour être bâclée. Passer par un professionnel comme Matthieu. Votre livre le mérite.

Tu as d’autres projets à venir ?
Oui, mon second roman est sur les chapeaux de roue. Je m’attaque à un sujet passionnant : le plus grand mystère de l’Histoire soviétique. Mon histoire sera basée sur un événement troublant, mais réel, qui s’est produit en Russie il y a près de 60 ans et qui me fascine au point d’en écrire un roman.

Où peut-on trouver tes livres, en apprendre davantage sur ton univers ? (Facebook, Insta, Amazon, site ou blog)
On trouve quelques-uns de mes ouvrages de jeunesse sur Amazon, mais surtout, ne les achetez pas ! Ce sont des livres obsolètes sur la programmation. Bref, sans intérêts !
Plus sérieusement, j’ai ouvert un blog il y a quelques mois : carnetdecriture.com. J’essaye de poster régulièrement des articles sur ma façon de travailler et mes projets en cours. Parfois je mets un fragment de scène de mon second roman pour tester les réactions des lecteurs. J’ai aussi une page auteur sur Facebook, vous me trouverez sous « Laurent Jayr – auteur » et sur Twitter avec @LaurentJayr.

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Tu peux nous dévoiler ici le texte de 4e de couverture ?
Je travaille encore dessus. J’ai un brouillon disponible sur mon blog, mais je n’en suis absolument pas satisfait. Elle n’est pas encore au niveau du reste de la couverture ! Allez, juste pour toi, je te la donne, mais ça reste entre nous 😉

Genève, Suisse, printemps 2009.
Après la terrible crise des subprimes, Antoine Dargaud, programmeur surdoué, joue son avenir sur un coup énorme : un audacieux robot de trading qui va révolutionner les marchés financiers.
Son robot est d’une efficacité redoutable. Très rapidement, il suscite la jalousie et la méfiance des plus puissantes organisations bancaires au monde, tandis que la presse suisse fustige ce nouveau programme réputé « incontrôlable ».
George Schwartz, le mystérieux financier à la tête du plus influent fonds spéculatif américain, convoite lui aussi le robot d’Antoine. Ce New-Yorkais est célèbre pour avoir fait « sauter » la banque d’Angleterre dans les années quatre-vingt-dix. Il ne s’arrête donc devant rien : menaces, collusions secrètes, fraudes et trahisons en tous genres… difficile de lui résister, surtout quand il propose à Antoine de participer à une manipulation financière à l’échelle de la planète.
Mais, c’est sans compter sur l’aveuglement et l’obstination démesurée du jeune programmeur qui va lutter pour garder le contrôle de son robot. Sa désobéissance conduira à un désastre aux résonances planétaires terrifiantes…

J’peux pas te garantir que ça ne sorte pas du blog :p La date de sortie, c’est pour quand ?
Pour 2019, je n’ai pas encore de date précise. Le manuscrit est terminé, mais j’essaye encore d’améliorer quelques chapitres.

Bon courage pour la dernière ligne droite 😉 Merci beaucoup pour tes réponses. Un petit mot pour la fin ?
Oui, juste une question : es-tu disponible pour la couverture de mon second roman ?

Bien sûr, Laurent – si tu es sage d’ici là 😉 

Quand l’élève n’écoute pas le maitre

La conception de mon second roman rentre dans une étape transitoire cruciale : le passage du plan au synopsis. J’ai déjà bien avancé. Le synopsis de l’acte I est écrit. J’ai identifié un prologue suivi de 12 scènes, avec une exposition, un catalyseur et un passage à l’acte II.

Je suis assez satisfait de ce premier acte. Il me semble cohérent. Les scènes s’enchainent avec fluidité. Les sous-intrigues sont rapidement exposées. Bien qu’un peu évanescente, la caractérisation de mon protagoniste principal semble singulière et intéressante. Un véritable prototype de l’antihéros, selon mes critères. J’en suis ravi. Son arc évolutif n’en sera que plus édifiant. Ce gars-là va nous surprendre, j’en suis persuadé…

Je fais une pause.

Je consulte mes emails et parmi mes spams, un message particulier attire mon attention. C’est un lien qui m’invite à découvrir en avant-première « Les secrets d’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt ». J’avais complètement oublié cette masterclass en ligne… je m’étais inscrit en avril dernier, sans trop savoir pourquoi à l’époque. Une pub sur Facebook je crois…

J’aime bien ce type en fait. Je n’ai pas lu grand-chose de lui, quelques nouvelles vites oubliées, mais il en restait une trace élégante, l’agréable sensation d’avoir partagé un instant délicat avec une âme sincère et profonde. J’avais trouvé son écriture lumineuse, authentique et bienveillante. C’est sans doute la raison pour laquelle je m’étais inscrit à sa masterclass. J’avais l’intuition qu’elle pourrait enrichir mon univers d’auteur.

J’ouvre le lien et je parcours, dans l’ordre, les 21 vidéos. Je saute les exercices. Je ne les ferai sans doute pas. Le contenu en revanche est captivant. Je ne suis pas déçu par l’enseignement de ce sage. Je bois ses paroles. Je prends des notes. J’apprends.

Puis je m’arrête au milieu de la vidéo du chapitre 14, intitulé « LE PLAN ». Ce que je viens d’écouter m’interpelle :

« Le plan doit être le plus lapidaire possible, le plus schématique possible. N’écrivez pas un synopsis. J’ai vu ça dans plusieurs cours d’écriture. C’est terrible ! C’est terrible… c’est contre-productif. C’est dangereux, c’est faux !

Pourquoi ?

Parce que si vous écrivez votre histoire de manière réduite et bien… vous l’écrivez ! C’est-à-dire que vous avez déjà perdu une de vos chances de l’écrire. Parce qu’une œuvre ne s’écrit qu’une fois. Après elle se retravaille, mais elle ne s’écrit qu’une fois ! »

J’écoute ce passage en boucle. Je m’interroge. Eric-Emmanuel Schmitt, l’un des auteurs français les plus lu dans le monde, membre de l’académie Goncourt, conseille de ne pas écrire de synopsis avant le premier jet…

La plupart du temps, dans ses vidéos, il est rarement aussi vindicatif. Mais sur ce point-là, il apparait intransigeant : « c’est dangereux », répète-t-il plusieurs fois…

Et pourtant, à plusieurs occasions, j’ai lu le contraire. Je l’ai même appliqué lors de la conception de mon premier roman… alors qui dit vrai ? Je reprends mes vieux fichiers archivés deux ans en arrière (merci Scrivener) et je relis mon synopsis de l’époque. Je réalise que j’ai travaillé ce synopsis plusieurs fois. J’ai 15 versions différentes. Il a évolué, ou plutôt « muté », pendant les différentes phases d’écriture puis d’analyses et de corrections. Normal, c’est mon processus naturel : les étapes se nourrissent entres-elles. En bon « chef de projet », j’ai constamment réactualisé mon synopsis en fonction de l’évolution de l’intrigue et des personnages.

Mais ai-je commis une erreur à l’époque ? Apparemment, Eric-Emmanuel Schmitt pense que oui : « une œuvre ne s’écrit qu’une fois. Après, elle se retravaille. »

Et bien, je me range à cet avis, mais je pense aussi qu’il n’est pas en contradiction avec ma méthode personnelle de travail.

Je m’explique. Inconsciemment, mon premier synopsis de 82 scènes et de 15 pages détaillées était en réalité l’embryon de mon premier jet. La suite, les étapes suivantes, n’étaient que réécriture…

Et puis de toute façon, peu importe : c’est moi qui décide. Ne suis-je pas mon propre maitre d’écriture ?

Mon étrange processus d’écriture

Après de multiples corrections, le manuscrit de mon premier roman est parti chez plusieurs éditeurs très ciblés. Il ne reste plus qu’à attendre patiemment les premières lettres de refus…

Du coup, la gestation de mon second roman s’est accélérée. Il est déjà passé par plusieurs phases et je profite de l’occasion pour décrire ici mon « système d’écriture ». Je tâtonne encore un peu, car je n’ai pas une grande expérience d’auteur, mais la rédaction de mon premier thriller m’a permis de dégager un système qui semble fonctionner pour moi. Ma méthode de travail s’organise en 10 étapes dynamiques. Je suis actuellement au début de l’étape 7 de mon second roman.

Il parait qu’il existe deux catégories d’auteurs : les structuralistes (ou architectes) et les jardiniers. Voire peut-être plus selon l’excellent blog de Julien Hirt. Apparemment, je fais partie de la première catégorie, car la phase de préparation me prend beaucoup de temps. J’ai en effet besoin de savoir où je vais avant de me lancer dans l’écriture, je réfléchis donc longuement à mes personnages, à l’intrigue et aux différents effets que je souhaite produire chez le lecteur avant même d’écrire une seule ligne.

Étape 1 : de l’idée au concept

Voici donc comment je procède. Comme tous les auteurs, je pars d’une idée initiale, que j’essaye ensuite de porter au stade de « concept » afin d’évaluer si oui ou non, j’ai assez de matière pour l’écriture d’une fiction intéressante. Souvent, ces idées ont mûri pendant plusieurs années dans mon esprit. Par exemple, mon premier roman est inspiré de faits réels qui m’ont fortement marqué dix ans plus tôt. Les idées du second viennent elles d’une autre affaire tragique dont j’ai pris connaissance 5 ans plus tôt.

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Cette phase préliminaire prend la forme de sessions de brainstorming pendant lesquelles je note, la plupart du temps en utilisant la méthode de mind mapping (ou carte heuristique ou encore carte mentale), un peu toutes les idées qui surgissent. C’est une phase créative assez stimulante. J’écris absolument tout, même les idées les plus farfelues. Ensuite, j’essaye de réorganiser ce magma informe en filtrant les idées inutiles ou sans intérêt. Cette étape est terminée lorsque j’estime disposer d’assez de matériaux pour initier la seconde phase.

Mes outils de travail

Pour mon premier roman, je prenais mes notes sur un carnet. Mais ça ne me convenait pas. J’avais besoin d’un outil plus « dynamique », avec une synchronisation constante partout où je me trouvais. J’ai donc utilisé l’application Evernote sur mon smartphone. Mais ça ne me convenait toujours pas, je suis quelqu’un de très visuel et j’ai besoin de pouvoir dessiner librement des croquis ou des mind maps. J’oscillais donc perpétuellement entre mon carnet et mon smartphone…

Heureusement, j’ai découvert l’année dernière un outil formidable : « la paper tablet ». Un mixte entre une liseuse électronique et une tablette. Une sorte d’hybride entre un iPad Pro et un Kindle, pour faire simple. Avantages : grain papier agréable, technologie à encre électronique (donc pas d’écran OLED ou LCD consommateurs de batterie), système de fichiers, synchronisation cloud, intégration de fichiers PDF ou eBook, stylet électronique rendant la sensation d’écriture similaire à celui d’un carnet, nombreux outils pour retravailler son texte et ses dessins, etc.

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Ma « paper tablet » est scandinave, conçue par l’entreprise norvégienne Remarkable

Assez rapidement, je me suis approprié cet outil. Il est devenu central dans la phase de préparation de mes textes. Je note absolument tout dessus : idées, thèmes, fiches de caractérisation des personnages, mind maps, structures, nœuds dramatiques, synopsis, etc.

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Étape 2 : le pitch et la lettre d’intention

Le plus rapidement possible, j’essaye de rédiger un pitch (qui, quoi, quand, pourquoi, où…) qui me servira de fil conducteur pendant toute la phase d’élaboration du roman. J’écris aussi une lettre d’intention dans laquelle j’expose le genre de mon roman et son nom (titre provisoire qui changera 15 fois avant l’envoi chez les éditeurs).

Étape 3 : la documentation

Étape suivante, la recherche encyclopédique. Il est nécessaire de travailler cette phase bien en amont de la phase d’écriture. En ce qui me concerne, elle consiste à réunir un maximum de livres, romans, essais ou récits de vies sur un sujet que je vais traiter, même partiellement. Je lis et emmagasine tout ce qui me sera utile. Je prends aussi beaucoup de notes, qui souvent ne seront pas utilisées pendant la phase finale d’écriture.

documentationQuelques ouvrages préparatoires pour mon second roman

Étape 4 : l’axe thématique

À ce stade, j’ai dégagé un ou plusieurs thèmes pendant mes séances de brainstorming. Je vais donc sélectionner un thème précis, celui qui me semble le plus porteur du « message » que je souhaite développer, et me focaliser dessus. Il est primordial pour moi que mon roman se repose sur un axe thématique. Lors de l’écriture de mon thriller précédant, pendant la phase du premier jet, je n’avais pas clairement défini mon sujet. J’ai donc été contraint de le « repenser » avant la phase de réécriture et d’articuler mes scènes autour de cet axe. Je n’ai pas l’intention de reproduire la même erreur avec mon second roman. Certes, j’écris des thrillers, mais rien ne m’interdit à travers ce genre littéraire de traiter un thème authentique et original…

Étape 5 : les personnages

En réalité, la caractérisation de mes personnages principaux arrive plus tôt dans mon esprit. Avant même le concept et le thème. Je pense d’abord à un protagoniste singulier, soumis à un conflit central, à des enjeux bien définis et à des obstacles difficiles. Je procède par brainstorming là aussi. Je définis ensuite une « trajectoire interne » pour mon principal protagoniste (son arc d’évolution).

Mes fiches de personnages ne sont donc pas très consistantes à ce stade. Elles sont loin d’êtres aussi étoffées que celles de Balzac. J’imagine quelques éléments de backstory, les principaux traits de caractère, un seul trait physique spécifique, quelques névroses, etc.

livre-psychoPendant cette étape, je relis quelques passages de Psychologie des personnages, un ouvrage qui peut suggérer quelques bonnes idées…

Bref je ne vais pas très loin dans la caractérisation à ce stade. Je cherche surtout à rendre mes personnages authentiques et singuliers. J’ai découvert en réalité que pendant cette phase préparatoire, je ne pouvais pas vraiment connaitre mes protagonistes, mais que je les découvrais au fur et à mesure du processus d’écriture. C’est donc seulement après mon premier jet que je comprends qui ils sont réellement et ce qu’ils désirent. C’est fascinant, car ils prennent « chair » progressivement, et ils sont parfois très différents de ce que j’avais imaginé au départ. Ils deviennent alors beaucoup plus consistants. Des tensions, des contradictions, se dessinent. Ils deviennent presque « autonomes ». Quelle est la part de l’inconscient dans ce processus ? Énorme probablement. Et c’est ce qui me satisfait le plus dans l’écriture d’un roman : ce mystère de la création, ce moment indéfinissable où vos personnages s’échappent de votre contrôle et prennent une direction inattendue…

C’est donc uniquement à la fin du premier jet, lorsque la « magie de la créature de Frankenstein » s’est opérée, que j’écris des fiches de personnages plus complètes, afin de me lancer dans une première phase de réécriture plus cohérente.

Étape 6 : la structure

Je commence ensuite à réfléchir à la structure de mon histoire. J’utilise un tableau et des post-its qui représentent chacun des « séquences » en terme cinématographique, soit des ensembles de scènes. Je reste très « aristotélicien » dans ma structure : elle est en trois actes. La première ligne de mon tableau, composée de 10 séquences, représente environ les premiers 25 % du roman, soit l’acte I. La seconde ligne composée elle aussi de 10 séquences représente la première moitié de l’acte II. Le vingtième post-it est le « pivot central », la séquence qui fait basculer l’histoire dans une autre direction. Puis vient la seconde partie de l’acte II, un climax et l’acte III avec sa résolution finale.

tab1Premier jour : à ce stade, seuls quelques principaux nœuds dramatiques sont clairement identifiés, ainsi qu’une intrigue secondaire en couleur.

tab4Second jour : la structure s’étoffe progressivement. Mais il reste des zones d’ombres.

La méthode Blake Snyder

Très récemment, j’ai lu le livre Save the cat de Blake Snyder, un scénariste hollywoodien. Je fais partie des auteurs qui estiment qu’ils existent de nombreux points communs entre la dramaturgie cinématographique et littéraire. Seul le mode exécutoire final est différent, on n’écrit en effet pas un roman de la même façon qu’on écrit un scénario de film (fort heureusement). Cependant, les fondements sont pour la plupart, à mon avis, similaires. Je lis donc avec attention les méthodes de ces scénaristes, car je crois qu’il y a beaucoup à en tirer pour nous, auteurs de romans.

save the cat

Dans Save the cat, Snyder décrit le processus d’élaboration d’un scénario qui « fonctionne ». Rien de révolutionnaire, mais beaucoup de bon sens. Certains auteurs ne procèdent pas ainsi. Ils ont une approche plus « organique » et intuitive. Ils ont tendance à se laisser porter par leur inspiration. Ils craignent qu’appliquer une méthode risque de « formater » un peu trop leur texte et de les brider dans leur créativité. Chacun sa façon de faire. Ce n’est pas celle qui me convient le mieux. Pour moi, se reposer sur une méthode n’entrave en aucune façon le processus créatif. Au contraire, il permet de mieux le canaliser et de ne pas se disperser dans la rédaction de textes qui devront être au final supprimés par manque de préparation préliminaire. Et à la question des textes trop « formatés », qui se ressembleraient tous dans leur structure, je répondrai que l’originalité d’un auteur ne se repose pas sur sa méthode de travail, mais sur sa façon de traiter les scènes, d’imaginer et de caractériser ses personnages et de porter un message. Et bien sûr, de son style.

Je crois aussi que, par déformation professionnelle, mon métier de développeur me prédispose à structurer fortement mon histoire avant son écriture. En effet, tout bon programmeur passe par une phase d’analyse préalable assez importante avant de coder un logiciel. Sans doute que je suis influencé par mon background et que j’applique inconsciemment à mon système d’écriture un ensemble de pratiques professionnelles…

La méthode Lavandier

Yves Lavandier est un dramaturge français, connu des scénaristes pour être l’auteur d’un ouvrage faisant référence de bible dans le milieu. Je conseille la lecture de son livre La dramaturgie ainsi que de son annexe, Construire un récit. Deux ouvrages extrêmement instructifs.

Le voyage du héros

J’ai découvert les travaux de Joseph Campbell, Le héros aux mille et un visages, pendant l’écriture de mon premier roman. Christopher Vogler, un script doctor américain, en a extrait un ouvrage connu sous le nom Le voyage du héros (ou Le guide du scénariste chez Dixit). Vogler décrit dans son livre qu’une histoire bien conçue passe par 12 étapes bien définies. Selon Campbell, ces étapes sont universelles et intemporelles, elles préexistent dans les mythes de toutes les civilisations, formant ainsi un « monomythe » accessible par tout le monde, quelque soit son origine ou sa culture. Vogler explique que le succès planétaire d’une histoire comme Star Wars repose en partie sur l’application de ce monomythe.

Heroesjourney

Me concernant, je soumets désormais toutes mes structures de récit au prisme du « voyage du héros », mais je ne l’applique pas systématiquement à toutes mes séquences. Cette approche participe juste à mon processus créatif. Elle m’aide parfois à repérer des défaillances dans ma structure, certaines zones d’ombres, ou bien tout simplement à me procurer des idées et à me donner un regard différent sur mon récit. Cependant, le « voyage du héros » convient mieux à la littérature du genre SFFF, moins aux romans noirs et thrillers, et encore moins à la « littérature blanche ». Enfin, ceci n’est que mon avis…

tab-finalTroisième jour : j’ai terminé ma structure et remplacé mes post-it trop volatiles par des fiches de couleurs à adhérence statique. Elles tiennent bien mieux sur mon tableau.

J’ai à présent une représentation presque complète des principaux nœuds dramatiques de mon histoire. Attention, rien n’est figé ici et c’est la raison pour laquelle j’utilise des fiches. Je peux ainsi déplacer, supprimer ou ajouter des séquences à n’importe quel endroit. Je garde ce tableau sous les yeux pendant toutes les phases d’écriture et de réécriture. Il me permet aussi de localiser les temps faibles de mon intrigue. Certains vides sont significatifs. Par exemple, à l’examen de mon tableau, il apparait qu’une de mes intrigues secondaires, censées exposer mon axe thématique, n’est pas assez étoffée. Je vais probablement devoir travailler sur ce point.

Étape 7 : le synopsis

L’étape suivante est la rédaction d’un synopsis assez complet, embryon d’un premier jet. Dans mon cas, le synopsis se présente sous la forme d’une suite de scènes plus ou moins détaillées. Je reprends mes séquences une à une et je les organise en scènes. Pour mon premier roman, ce document faisait environ 15 pages avec 82 scènes initiales. Après les multiples phases de réécriture, j’ai recentré mon intrigue sur 65 scènes au final.

Étape 8 : le premier jet

C’est pour moi la phase la plus « douloureuse ». J’essaye de la réduire à 3 mois maximum. Seule une écriture régulière et quotidienne me permettra d’atteindre cet objectif. Mais cette phase de premier jet demeure assez inconfortable dans mon cas. Je dois composer avec les multiples contradictions de mon histoire, mes doutes et les incohérences de mes personnages. Il faut avancer sans interruption. Difficile de ne pas relire et corriger ce qui a été écrit la veille. Le texte est trop embryonnaire, les personnages sont encore des ectoplasmes mal dégrossis, l’intrigue semble trop simpliste, le style médiocre ou inexistant… bref, rien de très enthousiasmant. Heureusement, le fait d’avoir bien préparé ma structure avant l’écriture me permet d’avancer sans me préoccuper de ce que je suis en train de produire. Il faut bien séparer la phase d’écriture de la phase d’analyse qui viendra après le premier jet. Parfois, on découvre de nouvelles pistes et ce processus devient intéressant. On est tenté de les explorer. Il est préférable de noter ces nouvelles idées et de continuer de progresser. Mais parfois il faut suivre son instinct et retravailler sa structure, puis son synopsis. C’est mon côté « jardinier » ou «bricoleur». Je ne suis donc pas un pur architecte. Personne ne l’est vraiment, je crois…

Dans tous les cas, il faut reprendre le fil de l’écriture et ne pas se préoccuper des incohérences du texte, c’est trop tôt. Il sera toujours possible de le faire plus tard, pendant la phase d’analyse du premier jet. Un seul mot d’ordre : avancer tête baissée, même si l’écriture ressemble à une marche forcée, il faut progresser et le plus rapidement possible.

Au niveau des outils rédactionnels, j’utilise Scrivener. Un petit bijou logiciel parfaitement conçu pour les écrivains. Je ne peux plus m’en passer. Scrivener a complètement modifié ma façon d’organiser mes projets d’écriture. Ses fonctionnalités sont nombreuses et toutes assez pertinentes. Impossible de revenir vers Word après avoir tâté du Scrivener…

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Étape 9 : l’analyse du premier jet

Ici, je sors l’artillerie lourde avec The Story Grid. Shawn Coyne, un éditeur américain, présente un outil d’analyse extrêmement complet. Parfois trop à mon avis. Mais le mérite de cette phase d’analyse « post premier jet » est de traquer sans relâche les failles d’un texte. C’est un vrai outil de diagnostic. Il va mettre en exergue les principaux défauts d’un roman avec une efficacité redoutable. Mais attention, ce processus est très très très fastidieux. No pain, no gain…

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Étape 10 : les réécritures

Je vais commencer par travailler sur les problèmes de structures identifiés pendant la phase Story Grid. Il faut être sans pitié avec son texte. Ne pas hésiter à supprimer les scènes inutiles (il y en a toujours), à en rajouter si besoin (il doit y en avoir très peu), à déplacer certaines, puis à supprimer ou fusionner certains personnages. Bref, un gros travail de correction s’amorce. Pour mon premier roman, je suis passé de 82 à 65 scènes dans la version finale (je l’ai déjà dit?). J’ai aussi réduit le nombre de personnages. Mon histoire est devenue plus cohérente, plus concentrée, plus lisible, plus efficace.

Ensuite, seconde phase d’écriture avec une focalisation sur la cohérence de l’histoire. Le travail préalable de restructuration a forcément laissé des traces, il faut donc recadrer tout le récit.

Troisième phase : je repasse sur l’ensemble de mes scènes, une à une, et je les réécris quasiment toutes, en me focalisant sur le rythme et le style (qui doit être très fluide).

Après toutes ces phases, on commence à obtenir un manuscrit « présentable ». C’est à ce moment-là que je l’envoie à des bêta lecteurs ou conseillers littéraires pour un premier diagnostic externe. S’en suivent une ou plusieurs nouvelles étapes de réécriture avant l’envoi chez les éditeurs.

Des étapes dynamiques

Les différentes étapes que je décris ici ne sont pas figées dans un ordre chronologique rigide. Bien au contraire, elles se nourrissent les unes des autres. Par exemple, lors de la rédaction de mon premier synopsis, il m’est arrivé de reconsidérer mon pitch initial, voire mon axe thématique. L’analyse Story Grid déclenche aussi souvent un nouveau travail de caractérisation des personnages et de structure. Pour mon premier roman, j’ai supprimé des dizaines de scènes et j’en ai réécrit un très grand nombre. L’inexpérience a sans doute joué un rôle, mais j’espère limiter ce gâchis de temps et d’énergie au strict minimum pour mon second roman.